Haute-Provence comme un local : de Banon au Colorado provençal les coups de coeur de Raphaële
En Haute-Provence, il y a ce qu'on trouve dans les guides, et puis il y a le reste. Les routes qui serpentent entre les collines, les villages cachés pleins de charme, les adresses qu'on ne partage qu'entre gens de confiance. Raphaële, notre guide locale, est écrivaine et photographe installée à Simiane-la-Rotonde. Elle nous a ouvert sa porte et son carnet d’adresses. Les routes qu'elle emprunte, les villages qu'elle aime, les tables qu'elle apprécie. Comme une amie du coin. À notre tour de partager tout ça avec vous.
La Haute-Provence autrement : le regard de Raphaële
Raphaële est une vraie créative touche-à-tout. Elle explore la Haute-Provence avec un regard sensible. Avec elle, on ne cherche pas à tout voir : on ralentit, on s’imprègne et on découvre une Provence plus intime. Venez, on vous emmène.
La Haute-Provence, la vraie, flâner de villages en villages à son rythme

La Haute-Provence, c'est un territoire à la croisée des mondes. Le début des Alpes, la fin du Luberon et les derniers souffles de la Provence. Tout ça en même temps. Pour la découvrir on vous conseille de louer une voiture le temps d’une journée et de vous laisser porter au gré des virages et des villages. Si vous aimez prendre votre temps, le vélo est une bonne alternative. Les routes vallonnées et peu fréquentées sont un chouette terrain de jeux pour les cyclistes.
Depuis Simiane-la-Rotonde, cap vers Oppedette. Un micro-village cerné de roches mousseuses avec un faux air de Nouvelle-Zélande. La traversée est rapide pourtant on ne l’oublie pas tant il a de charme. Si vous avez le temps, ses gorges méritent une excursion à part entière. On continue ensuite vers Vitrolles-en-Luberon et ses maisons cossues aux toits rouges. Puis, direction Apt, la ville provençale par excellence, avec en toile de fond les paysages du Luberon et les collines teintées d'ocre. Pour finir la boucle, sur le chemin du retour, on s’arrête à Rustrel, un petit village de caractère typique du coin dominé par un joli château.
Dès qu'on quitte les grands axes, le paysage change. La route se resserre, s'enroule autour des collines, se faufile entre des massifs de roche grise couverts de végétation. Par endroits, les arbres forment de véritables allées. Ce truc provençal, inimitable, qui donne l'impression de rouler dans un tableau. Sur ces routes de campagne, on prend vite ses marques. On reconnaît le petit Kangoo jaune de la poste qui fait sa tournée, ces camionnettes qu'on ne croise presque plus en ville et qui ici font toujours partie du paysage, comme une madeleine de Proust sur quatre roues. Et c’est ça aussi le charme du coin.
Banon et son marché, prendre le pouls d'un village provençal

Perché à flanc de montagne au-dessus d'une vallée, Banon a tout du village carte postale. Sauf qu'ici, la carte postale est vraie.
Les rues en pierre. La vieille Citroën qui sommeille dans un garage. Les toits en tuile sous un ciel bleu éclatant. 300 jours de soleil par an, rien que ça ! Mais ce qui rend Banon vraiment attachant, c'est qu'il n'a pas troqué son âme contre les touristes. On y croise encore des habitants, de vrais commerces, une vie réelle. Une boucherie, une boulangerie, et la plus grande librairie indépendante de France en milieu rural. On vous en parle juste après, promis.
Le village se déploie sur deux niveaux : la partie haute avec son église, la partie basse avec sa place du marché. C'est là que tout se passe les mardis et samedis matin. Un vrai marché comme on les aime, point de ralliement entre voisins plutôt qu’attraction touristique. On en profite pour goûter le Banon AOP, fromage au lait de chèvre affiné enveloppé dans des feuilles de châtaignier. Une spécialité du coin qui porte fièrement le nom du village.
Le bleuet, la plus grande librairie indépendante de France en milieu rural

À Banon, il y a un autre incontournable : la librairie Le Bleuet. Alors que les rues sont quasi désertes, tout le monde semble être là. De dehors, c'est une petite maison presque comme une autre. De dedans, c'est un vertige. La librairie s’étire sur plusieurs niveaux. Un dédale silencieux où l’on entre “juste pour voir” et d’où l’on ressort les bras chargés de livres. Certes prévisible, mais prévoyez large. On pense rester cinq minutes et on ressort une heure plus tard.
800 mètres carrés, quatre étages, des escaliers en colimaçon, des recoins partout, et plus de 189 000 livres (pour 1 000 habitants). Le Bleuet est une halte étonnante. Un de ces endroits qu’on ne s’attend pas à trouver là. Un lieu avec une vitalité qui ferait rougir bien des librairies de grandes villes. Les gens y flânent, les bras chargés, comme s'ils avaient tout leur temps. Ce qui est probablement le cas.
L'abbaye de Valsaintes : un jardin secret en Haute-Provence

L'abbaye de Valsaintes est une ancienne abbaye cistercienne nichée dans les collines. On y arrive par une petite route étroite bordée d'arbres qui serpente entre les collines et donne la sensation de quitter le monde ordinaire pour quelque chose de plus retiré, plus calme.
Le site est surtout connu pour son jardin remarquable. Une palette végétale qui change totalement selon la saison. Roseraie foisonnante, jardin sec aux allures méditerranéennes, potager en permaculture, plantes rares… On circule de terrasse en terrasse, entre pierres blondes, parfums d’herbes et vues sur les collines. Et surtout, avant de partir, on passe par la boutique pour faire le plein de plantes et de graines. De quoi repartir avec un petit bout de ce territoire enchanteur.
Mais Valsaintes, c'est aussi l'une des très bonnes tables du coin. Cuisine délicate, travaillée, portée par quelqu'un qui va vraiment jusqu'au bout des choses. Ce jour-là : maigre en feuille de nori, émulsion aux oursins. Le genre de repas qu'on ne s'attendait pas à trouver là, et dont on se souvient longtemps.
Le Colorado provençal, voir la vie en ocres

Dans le coin, difficile de faire l’impasse sur le Colorado provençal. Ancien site d'exploitation de l'ocre à ciel ouvert, ce site hors norme déploie des couleurs qui tirent vers le rouge, l'orange, le safran. Beau résultat d'une alliance entre la main de l'homme et des siècles d'érosion.
On entre dans le site depuis le parking P1 (6 € par véhicule). Le sentier commence en douceur. On marche d'abord en forêt. Le sol sableux crisse sous les pieds et rougit progressivement. Et puis, soudain, la roche s'impose. Les talus s’embrasent. Les falaises apparaissent. Le dépaysement est total.
Pour découvrir le site, deux boucles au choix : 2 km en 40 minutes pour un avant-goût ou 4 km en 1 h 30 pour découvrir les plus beaux points de vue. Le début étant commun, on peut toujours décider en chemin. Mais, si vous le pouvez, prenez la grande boucle, elle en vaut vraiment la peine.
Préparer son séjour en Haute-Provence, derniers conseils avant de partir
La Haute-Provence se mérite un peu, mais voici tout ce qu’il faut savoir pour transformer le rêve en réalité.
Quelle est la meilleure saison pour visiter la Haute-Provence ?

La Haute-Provence se visite toute l'année mais on a nos préférences :
- L'hiver : notre saison préférée. Froid et lumineux. 300 jours de soleil par an, même en janvier. Et pas un touriste à l’horizon.
- Le printemps : les cerisiers sont en fleurs, la végétation explose, les routes sont dégagées et les touristes encore rares. Une belle alternative.
- L’automne : lumière dorée, températures douces, les villages retrouvent leur calme après la haute saison. On aime aussi beaucoup
- L'été reste agréable, bien que très chaud, mais plus fréquenté, notamment autour du Colorado provençal.
Combien de jours pour explorer la Provence sauvage ?

Un week-end de 3 jours permet de couvrir l'essentiel : flâner sur les routes en quête de charmants villages, découvrir Banon, explorer le Colorado provençal et l'abbaye de Valsaintes.
Pour prendre le temps de prendre le temps et vraiment s'imprégner, comptez 5 jours.
Comment rejoindre la Provence montagnarde ? Accès et transport

La région est peu desservie par les transports en commun. Une fois sur place, la voiture reste difficile à éviter pour relier les villages entre eux. Le covoiturage est une bonne option pour rejoindre la région avant de louer une voiture sur place. Et pour ceux qui préfèrent pédaler plutôt que conduire, la région s’y prête aussi très bien.
- Marseille : 120 km soit environ 1h45
- Lyon : 300 km soit environ 3h30
- Montpellier : 180 km soit environ 2h45
Où dormir ? Silenciane, notre adresse coup de cœur en Haute-Provence
On monte une petite route caillouteuse, on se demande si on s'est perdu et puis Silenciane apparaît. Une ancienne bâtisse en pierre rénovée avec des matériaux écologiques, un bassin intérieur chauffé à 35 °C toute l'année, un sauna finlandais (en option). La déconnexion totale. L'écolieu de Raphaële à Simiane-la-Rotonde est vraiment la base idéale pour explorer la région.
Et si vous prolongez vers le Luberon, la route de la Combe et Cadenet valent le détour, mais ça peut aussi être pour votre prochaine escapade.


























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